Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Conseil/Consultancy

  • Le contentement est un bel état d'esprit

    Bienveillance, sagesse, contentement,

    (Photo -Couleurs du soir)

    Nous venons de traverser un été infernal, en plus des troubles de l’époque. Comment faire pour ne pas cesser d’apprécier le monde, la vie ? Un entretien avec Jetsunma Tenzin Palmo (Sagesses bouddhistes, 2026), nous rappelle que le secret est de cultiver un cœur bienveillant pour pouvoir accueillir et supporter la réalité. La bienveillance envers nous-mêmes, envers les autres. Ce n’est pas facile, comme chacun devrait le savoir. Néanmoins, nous pouvons prendre l’habitude de consacrer cinq minutes à générer des pensées bienveillantes envers nous-mêmes, envers ceux qui nous sont chers, envers ceux qui nous indiffèrent, et envers ceux que nous n’aimons pas du tout. 

    Nous savons que la méditation permet de cultiver la présence, l’attention et un esprit calme et clair. Bien entendu, tout le monde ne pratique pas la méditation (d’ailleurs, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire dans une note antérieure, des études récentes ont montré qu’elle avait un effet contraire, elle augmentait l’anxiété chez des personnes déjà anxieuses). Mais tout les monde est capable de se concentrer quelques minutes, fixer ses pensées et apaiser ses tensions. Il s’agit de réapprendre l’art d’apprécier le monde, de ralentir en donnant toute sa place à l’attention dans les actes les plus simples. Il s’agit ensuite de comprendre, en éclairant nos désirs: ce n’est pas le désir qui enferme, mais l’attachement sous-jacent. Le contentement apparaît comme une richesse intérieure stable et libre. Enfin, il s’agit de retrouver une confiance fondamentale, née d’une familiarité patiemment établie avec notre esprit, sans jugement ni violence et en toutes circonstances. La véritable transformation ne consiste pas à changer le monde, mais à lui accorder toute notre attention. 

    « Le désarroi face au monde est en fait une aubaine, car il témoigne de notre sensibilité. Une fois le désarroi reconnu comme tel, il contient un immense potentiel de transformation, un trésor d’énergie dans lequel nous pouvons puiser à pleines mains et que nous pouvons utiliser pour construire quelque chose de meilleur, ce que l’indifférence ne permet pas. »

    Selon la sagesse bouddhiste, c’est l’avidité qui cause notre souffrance, c’est l’attachement. Il ne s’agit pas de chercher le désagréable (se punir, je dirais), de tout rejeter en bloc, mais de réfléchir sur notre relation à ce que nous possédons ou souhaitons posséder. Insignifiants ou gigantesques, les objets en eux-mêmes sont innocents, c’est notre attitude à leur égard qui compte. Notre bonheur dépend de notre esprit, il dépend moins des circonstances extérieures (enfin, disons qu’il dépend de notre capacité à gérer ces circonstances extérieures qui sont complexes). Généralement, nous sommes focalisés sur ce qui nous manque, et donc nous ne trouvons pas le contentement. La société de consommation fonctionne ainsi, elle nous empêche d’être complètement satisfaits. Or, au lieu de penser à tout ce que nous n’avons pas, pensons à l’incroyable beauté du monde: nous avons un corps extraordinaire et un esprit qui fonctionnent, et tout ce qui nous entoure sur notre planète est magnifique. Nous sommes donc riches, même si extérieurement nous n’avons pas grand-chose, intérieurement nous avons tellement. Se rendre compte de cela, c’est la source du contentement. Ne pas penser sans arrêt à ce que nous n’avons pas nous aide à nous sentir en paix, et le contentement est un état d’esprit qui nous invite à accepter les choses comme elles viennent et à agir sans attentes irréalistes.

    Il est essentiel d’avoir confiance en nous-mêmes, afin de pouvoir faire face en situation de crise. Cela revient à dire qu’il s’agit d’être en paix avec soi-même, de croire en soi-même. Beaucoup de gens semblent confiants en apparence, mais intérieurement ils ont peur lorsqu’ils se retrouvent face à des obstacles. Mais, dit la sagesse, si nous comprenons que notre nature fondamentale est parfaite, alors nous commençons à apprécier à la fois nos propres qualités intérieures et celles des autres. Il est important de voir les choses telles qu’elles sont, plutôt que telles que nous les projetons. C’est pourquoi les pratiques de pleine conscience peuvent être utiles, mais nous devons les accompagner d’un cœur bienveillant et de l’ouverture d’esprit nous permettant de voir et parfois de comprendre la dynamique de la réalité sans nos projections négatives. La pleine conscience n’invite pas à se détendre, mais à voir clairement ce qui est là, sans chercher à le corriger immédiatement. Prendre conscience de la peur, de la fatigue ou de la frustration, c’est déjà réduire leur emprise. Il y a aussi l’action, même minime (écrire, marcher, ranger…), car agir malgré l’émotion, c’est accepter que la peur fasse partie du mouvement, et en même temps, c’est retrouver, dans l’imperfection du geste, la liberté simple d’avancer quand même. Ce qui est figé se remet en mouvement, et c’est parfois mieux que la rumination.

    Un principe fondamental de la sagesse, c’est l’impermanence, elle n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce qu’elle est: tout change. Nous voulons que les choses agréables durent, les gens, les possessions, tout ce qui va dans le bon sens pour nous. Mais tout change à chaque instant, le fleuve est toujours là, ses eaux ne sont pas les mêmes. Et comme la peur repose sur quelque chose de statique, nous pouvons la surmonter en nous ouvrant à ce mouvement constant. Parfois des choses difficiles se transforment en quelque chose de bon, parfois les belles choses deviennent des difficultés, parfois c’est agréable, parfois c’est douloureux, mais tout est en mouvement.

    L’un de ces soirs d’été, j’étais assise sur une chaise bleue sur la Promenade des Anglais, face à la mer, et je regardais, émerveillée, un surfeur qui glissait à vive allure, les bras ouverts comme l'Homme de Vitruve de Leonardo da Vinci, il était en parfait équilibre.

    Bonne rentrée ! 

  • Les vacances d'été

    Archives, relectures, vacances(Photo- Fleurs de cactus)

    Pour juillet et août, CEFRO vous propose une sélection d'articles antérieurs. Bonnes vacances! 

    Nous vivons dans une réalité commune

    http://www.cefro.pro/archive/2022/03/24/nous-vivons-dans-une-realite-commune-6373078.html 

    Les petits ajustements qui aident

    http://www.cefro.pro/archive/2024/01/27/les-petits-ajustements-qui-aident-6482312.html

    La philosophie est une activité

    http://www.cefro.pro/archive/2023/08/30/la-philosophie-est-une-activite.html 

    La conscience, observateur personnel de notre récit personnel

    http://www.cefro.pro/archive/2023/05/22/la-conscience-observateur-passif-de-notre-recit-personnel-6444301.html

     

  • Un cerveau libre

    cerveau idéologique,neurosciences,archives

    (Photo- Nice. La Réserve)

    Dans son dernier ouvrage, L’Intelligence naturelle et l’éveil de la conscience (voir la note précédente), Antonio Damasio fait une brève référence à la perspective intéressante proposée par une jeune chercheuse en neurosciences dans sa thèse de doctorat.

    Leor Zmigrod fonde un nouveau champ scientifique, la neurobiologie politique, qui explore les facteurs biologiques pouvant expliquer la rigidité mentale. Son livre Le cerveau idéologique : Comment décoder les marqueurs de la pensée dogmatique a été publié chez Flammarion en Octobre 2025.

    Penser idéologiquement, c’est juger la morale immuable et le changement suspect. L’auteur distingue les idéologies régressives (celles qui veulent restaurer les anciennes hiérarchies de pouvoir au nom de caractéristiques de lieu, de race, de genre, de classe, de caste) et les idéologies progressistes (qui désapprouvent ceux qui contestent l’utopie progressiste). Ces deux idéologies tendent ainsi vers le manichéisme, le bien et le mal, le vrai et le faux. L’idéologie serait une réponse du cerveau au problème de la prédiction et de la communication, elle apporte des solutions simples à nos questions, des raccourcis mentaux pour comprendre le monde et en être compris, des scénarios faciles à suivre, et surtout des groupes auxquels nous pouvons nous rattacher.

    Il existe un lien entre idéologie et rigidité cognitive. Des chercheurs de Barcelone ont étudié la signature neuronale des valeurs sacrées de citoyens espagnols d’extrême droite et d’immigrés djihadistes et ont observé que deux sous-régions du cortex préfrontal ventromédian et le gyrus frontal inférieur étaient impliqués dans le traitement des valeurs sacrées, mais pas dans celui des valeurs non sacrées. S’agissant des djihadistes, plus le sentiment de fusion identitaire avec l’islam et l’ouma était fort, moins le cortex préfrontal était mobilisé. Donc, il y a des paramètres biologiques permettant d’expliquer que des individus auraient une propension plus forte d’aller vers les idéologies les enfermant dans une rigidité mentale. Nous devons développer des modes de vie et de pensée (seuls ou ensemble) qui ne soient pas idéologiques, des manières d’exister qui rejettent les doctrines et les identités rigides et les tentations du dogme, et cela de façon inventive. Un cerveau anti idéologique serait opposé à la rigidité mentale, il serait un esprit libre et libéré de tout dogme et de toute idéologie. 

    Personnellement, je pense que cette approche offre une ouverture à notre société culturellement différenciée. Les individus peuvent faire évoluer certaines de leurs valeurs si les circonstances s’y prêtent aussi. A l’heure qu’il est, nous avons connu le totalitarisme (enfin, plusieurs types de totalitarisme) et nous sommes capables de porter un jugement sur une idéologie imposée, en tout cas, nous sommes capables de la reconnaître dans un mouvement social ou politique, un leader, une organisation, etc.

    Deux notes des Archives en lien avec ce sujet, les deux datant de 2015. J’écrivais (et j’en suis convaincue) que la force de l’ignorance - qu’elle soit d’ordre intellectuel/cognitif ou d’ordre émotionnel, et qui se cache souvent derrière la violence - peut détruire une civilisation. http://www.cefro.pro/archive/2015/01/08/le-totalitarisme.html

    « Payez-vous le luxe inconfortable qui consiste à changer d’esprit. Cultivez la capacité négative -la volonté d’accueillir le doute, de vivre avec le mystère, d’accepter l’ambiguïté. Nous vivons dans une culture où l’une des plus grandes disgrâces sociales est de ne pas avoir une opinion, ce qui fait que souvent nous fondons nos opinions sur des impressions superficielles ou empruntées à d’autres, sans investir le temps et la réflexion nécessaires pour cultiver une réelle conviction. Ensuite, nous exprimons autour de nous ces opinions et nous nous y accrochons comme à des ancres de notre propre réalité. On a l’air d’être complètement perdu si l’on dit simplement je ne sais pas. Or, il est infiniment plus satisfaisant de comprendre que d’avoir raison, même si cela implique un changement dans votre esprit à propos d’un sujet, d’une idéologie, ou de vous-mêmes. »

    http://www.cefro.pro/archive/2015/10/26/enjoy-the-world.html

  • L'opinion et la connaissance

    opinion, certitude, connaissance, philosophie, Platon, science

    (Photo - Février à Nice)

    Nous vivons une époque de progrès technologique extraordinaire, sans précédent, mais paradoxalement de régression intellectuelle. On parle même d’une rupture historique entre la génération actuelle, la génération Z, et celle qui l'a précédée. La génération Z affiche des performances cognitives inférieures à celles des Millennials, la génération Y, les digital natives (cette contestation a été formulée par le neuroscientifique Jared Cooney Horvath lors de son audition devant le Sénat américain, en janvier 2026). Ce recul, mesuré mondialement et documenté, montre que tous les indicateurs cognitifs fondamentaux sont en baisse, dans plus de 80 pays : le QI, la compréhension écrite, le raisonnement mathématique, la résolution de problèmes. Ce n’est pas un problème d’éducation, mais de numérisation de l’éducation et d'intégration massive des écrans à l’école, ces outils ayant freiné, et parfois altéré, le développement cérébral. Le cerveau humain n’est pas conçu pour le « format court », qui empêche la consolidation des connexions neuronales, mais pour l’effort cognitif, l’attention soutenue, l’échange humain. Il faudrait revenir aux manuels, à la lecture longue, à l’interaction humaine directe.

    Pour nous rendre compte de cet écart, et enrichir notre réflexion, rien de mieux que de retourner 2500 ans en arrière. Pas n’importe où, mais aux origines de la philosophie, dans une petite péninsule du bassin de la Méditerranée. L’humanité aurait pu se passer de ce style d’expression culturelle, comme la civilisation indienne ou chinoise l’ont fait, mais le jeu des circonstances et des hommes a créé à Athènes une conjoncture particulière. Platon n’était peut-être pas nécessaire, il l’est devenu parce que son œuvre a défini, en même temps que la philosophie, la raison, qui maintenant s’est transformée en rationalité. Après des mutations considérables (après avoir subi l’épreuve de la théologie, de la science expérimentale et de la physique, du tribunal de l’histoire), et malgré des erreurs et des incohérences, la rationalité est à la base de la civilisation industrielle dans son ensemble. C’est la philosophie de Platon qui a mis en évidence les critères de rationalité qui sont ceux-là mêmes qui organisent notre vie et notre mort. La philosophie est donc grecque, née dans la Cité démocratique. Néanmoins, l’exercice philosophique ne peut inventer, forger des concepts, que lorsqu’il s’ouvre sur les problématiques de son temps, et qui sont universels : la politique (le pouvoir), la science et aussi le savoir du théologien, la recherche de l’historien.

    Lire la suite