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Un cerveau libre

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(Photo- Nice. La Réserve)

Dans son dernier ouvrage, L’Intelligence naturelle et l’éveil de la conscience (voir la note précédente), Antonio Damasio fait une brève référence à la perspective intéressante proposée par une jeune chercheuse en neurosciences dans sa thèse de doctorat.

Leor Zmigrod fonde un nouveau champ scientifique, la neurobiologie politique, qui explore les facteurs biologiques pouvant expliquer la rigidité mentale. Son livre Le cerveau idéologique : Comment décoder les marqueurs de la pensée dogmatique a été publié chez Flammarion en Octobre 2025.

Penser idéologiquement, c’est juger la morale immuable et le changement suspect. L’auteur distingue les idéologies régressives (celles qui veulent restaurer les anciennes hiérarchies de pouvoir au nom de caractéristiques de lieu, de race, de genre, de classe, de caste) et les idéologies progressistes (qui désapprouvent ceux qui contestent l’utopie progressiste). Ces deux idéologies tendent ainsi vers le manichéisme, le bien et le mal, le vrai et le faux. L’idéologie serait une réponse du cerveau au problème de la prédiction et de la communication, elle apporte des solutions simples à nos questions, des raccourcis mentaux pour comprendre le monde et en être compris, des scénarios faciles à suivre, et surtout des groupes auxquels nous pouvons nous rattacher.

Il existe un lien entre idéologie et rigidité cognitive. Des chercheurs de Barcelone ont étudié la signature neuronale des valeurs sacrées de citoyens espagnols d’extrême droite et d’immigrés djihadistes et ont observé que deux sous-régions du cortex préfrontal ventromédian et le gyrus frontal inférieur étaient impliqués dans le traitement des valeurs sacrées, mais pas dans celui des valeurs non sacrées. S’agissant des djihadistes, plus le sentiment de fusion identitaire avec l’islam et l’ouma était fort, moins le cortex préfrontal était mobilisé. Donc, il y a des paramètres biologiques permettant d’expliquer que des individus auraient une propension plus forte d’aller vers les idéologies les enfermant dans une rigidité mentale. Nous devons développer des modes de vie et de pensée (seuls ou ensemble) qui ne soient pas idéologiques, des manières d’exister qui rejettent les doctrines et les identités rigides et les tentations du dogme, et cela de façon inventive. Un cerveau anti idéologique serait opposé à la rigidité mentale, il serait un esprit libre et libéré de tout dogme et de toute idéologie. 

Personnellement, je pense que cette approche offre une ouverture à notre société culturellement différenciée. Les individus peuvent faire évoluer certaines de leurs valeurs si les circonstances s’y prêtent aussi. A l’heure qu’il est, nous avons connu le totalitarisme (enfin, plusieurs types de totalitarismes) et nous sommes capables de porter un jugement sur une idéologie imposée, en tout cas, nous sommes capables de la reconnaître dans un mouvement social ou politique, un leader, une organisation, etc.

Deux notes des Archives en lien avec ce sujet, les deux datant de 2015. J’écrivais (et j’en suis convaincue) que la force de l’ignorance - qu’elle soit d’ordre intellectuel/cognitif ou d’ordre émotionnel, et qui se cache souvent derrière la violence - peut détruire une civilisation. http://www.cefro.pro/archive/2015/01/08/le-totalitarisme.html

« Payez-vous le luxe inconfortable qui consiste à changer d’esprit. Cultivez la capacité négative -la volonté d’accueillir le doute, de vivre avec le mystère, d’accepter l’ambiguïté. Nous vivons dans une culture où l’une des plus grandes disgrâces sociales est de ne pas avoir une opinion, ce qui fait que souvent nous fondons nos opinions sur des impressions superficielles ou empruntées à d’autres, sans investir le temps et la réflexion nécessaires pour cultiver une réelle conviction. Ensuite, nous exprimons autour de nous ces opinions et nous nous y accrochons comme à des ancres de notre propre réalité. On a l’air d’être complètement perdu si l’on dit simplement je ne sais pas. Or, il est infiniment plus satisfaisant de comprendre que d’avoir raison, même si cela implique un changement dans votre esprit à propos d’un sujet, d’une idéologie, ou de vous-mêmes. »

http://www.cefro.pro/archive/2015/10/26/enjoy-the-world.html

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