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11/05/2017

Notre cerveau peut tout faire

cerveau,optimisme,travail,chômage,réalité virtuelle,emploi,intelligence artificielle,jeux(Photo- Ginkgo en décembre, Nice)

Le Guide de l’optimisme du physicien Lawrence Krauss débute par cette observation : « l’univers ne se soucie pas de nous, et le futur est misérable ». Nous ne pouvons jamais trouver un sens ou un but dans l’univers, mais nous pouvons assumer que notre but, à nous, est interconnecté à ce que l’univers est, et Krauss appelle cela « la hauteur du solipsisme » (le solipsisme est la position philosophique qui définit le moi comme la seule réalité - pour mémoire, voir ici). La vie est belle justement parce qu’elle est éphémère, et s’il existe bien quelque chose pouvant nous aider à être plus optimistes dans un univers moralement neutre, c’est la science. Trouver des réponses et comprendre un phénomène nous aide à comprendre les conséquences de nos actions. Armés de connaissances, nous pouvons prendre des décisions pour le bien commun. Cela serait quoi d’autre, sinon de l’espoir? Rappelons ce que dit Spinoza :


« …dans l’état naturel, il n’y a rien qui soit bon ou mauvais du consentement de tous, puisque chacun, dans cet état naturel, avise seulement à sa propre utilité et, suivant sa complexion, décrète quelle chose est bonne, quelle mauvaise, n’ayant de règle que son intérêt (…), dans l’état naturel il n’y a rien qui puisse être dit juste ou injuste ; mais bien dans l’état civil, ou du consentement commun il est décrété quelle chose est à l’un, quelle à l’autre. Il apparaît par là que le juste et l’injuste, le péché et le mérite sont des notions extrinsèques, non des attributs qui expliquent la nature de l’Ame.» «Tout effort dont la Raison est en nous le principe n’a d’autre objet que la connaissance ; et l’Ame, en tant qu’elle use de la Raison, ne juge pas qu’aucune chose lui soit utile, sinon qui conduit à la connaissance ». (SPINOZA, Ethique. De la servitude de l’homme, Editions GF Flammarion, 1965).

Un projet sur trois ans, d’un montant de deux millions de dollars, et qui regroupe des philosophes, des philosophes de la religion, des scientifiques dans une recherche collaborative originale et de grande qualité sur des sujets liés à l’optimisme et à l’espoir: c’est aux Etats-Unis que cela se passe, bien évidemment. Cela s’inscrit dans une tendance et une démarche contemporaine plus vaste, centrée sur l’épanouissement de la personne, et qui va de pair avec le progrès des neurosciences pendant les deux dernières décennies. Quels bons comportements adopter pour être plus sereins, voire plus heureux ? Nous savons maintenant que répéter une pensée positive, ou un mantra, crée de nouveaux sentiers entre les neurones de notre cerveau, en nous conditionnant à être plus calmes et en meilleure santé. La recherche montre que penser et répéter un mot ou une phrase qui affirme nos valeurs produit des changements physiologiques (baisse du cortisol, l’hormone du stress, renforcement de l’endurance, diminution de la perception de l’effort pendant un exercice physique). Chaque pensée que nous avons est faite d’un modèle complexe d’activité influencé par l’expression de nos gènes, les connexions neurales, les protéines et d’autres éléments chimiques dans notre cerveau. Plus longtemps nous entretenons une pensée, plus le circuit augmente. Plus deux neurones deviennent amis et communiquent, plus forte devient leur connexion. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, tant que nous avons des pensées bénéfiques. Mais beaucoup d’entre nous ruminent des croyances négatives. Les mantras peuvent créer et renforcer de nouveaux sentiers qui sont positifs et non toxiques, et cela peut apaiser notre cerveau (le mot mantra dérive du verbe penser en sanskrit, le langage liturgique de l’hindouisme et du bouddhisme et d’ailleurs, il y a des millénaires, les mantras étaient utilisés pour calmer et contrôler l’esprit). Ce sont des phrases répétitives, mais elles peuvent aussi bien contenir un seul mot: « Respire ! », « Brille !, « Aime ! », « Va plus loin ! », ou des propos rassurants : « Cela va passer », « N’abandonne jamais ! », « En ce moment, je vais bien », « La chance favorise l’audacieux ». Comment choisir son meilleur mantra? Premièrement, en essayant d’imaginer quel conseil nous donnerions à une version plus âgée et plus sage de nous-mêmes pour une vie plus satisfaisante. Ensuite, en le formulant dans une phrase courte, une proposition ou un seul mot. Nous pouvons avoir plusieurs mantras, afin d’éviter la monotonie et la perte du sens. Nous devons être sûrs que le mantra est positif, mais non invraisemblable ou absurde, car les mantras qui aident à construire un cerveau sain à long terme sont basés sur la vérité, la logique et le soutien. Nous pouvons nous représenter, lors de cet entraînement du cerveau, les nouveaux sentiers créés, et l’électricité qui agit sans effort à travers nos neurones.

Le bonheur n’est pas quelque chose de fait, il vient de nos propres actions, dit le Dalaï-Lama. Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que le bonheur comporte trois éléments distincts : la prédisposition génétique (50%), les circonstances de la vie, à savoir des éléments dont nous n’avons pas le contrôle - sexe, âge, ethnie, éducation, occupation, voisinage, santé (10%), et ce que nous faisons et ce que nous pensons (40%) - le seul élément sur lequel nous avons le contrôle. Cela veut dire que les intentions et les stratégies que nous mettons en œuvre pour atteindre nos buts peuvent influencer sérieusement notre satisfaction. Le plus grand problème auquel nous nous confrontons est l’adaptation hédonique, autrement dit la routine, le fait de s’habituer à quelque chose qui cesse de nous procurer le même plaisir. Nous pouvons l’éviter en faisant chaque jour des choix dynamiques pour la joie: nous arrêtons de nous faire des soucis, et nous nous concentrons sur le moment présent, nous méditons quelques minutes, nous développons des stratégies pour tenir le coup. L’essentiel est de trouver des manières pour faire face à une activité stressante, plutôt que de rester dans la frustration. Ecrire, jardiner, faire du vélo, écouter de la musique, marcher, etc. Et surtout, si possible, investir dans des contacts réels, et non virtuels, car une connexion réelle signifie comprendre, accepter, entendre l’autre, et s’autoriser soi-même à être compris, entendu et accepté.

Il sera d’autant plus important de trouver des stratégies de vie que nous serons obligés de donner un sens à notre vie dans un monde sans travail, dans quelques décennies. La plupart des emplois qui existent à ce jour devraient disparaître, l’intelligence artificielle remplacera les humains, des emplois nouveaux apparaîtront (designer de mondes virtuels, par exemple), mais ils vont demander plus de créativité et de flexibilité, et il n’est pas sûr que les taxis chômeurs de 40 ans, ou les agents d’assurance, puissent s’inventer eux-mêmes comme designers de mondes virtuels. Le problème n’est pas de créer de nouveaux emplois, mais de créer des emplois que les humains feraient mieux que les algorithmes. Vers 2050 donc, une nouvelle classe apparaîtra: la classe nulle. Des personnes qui ne peuvent être employées. La même technologie qui rend les humains nuls devrait faire en sorte pour nourrir et soutenir les masses qui ne pourront être employées, à l’aide d’un schéma tel le revenu de base universel. Mais le vrai problème est de tenir ces masses occupées et satisfaites. Les gens doivent s’engager dans des activités ayant un sens, sinon ils deviennent fous. Que fera-telle cette classe nulle toute la journée ? Une réponse possible: des jeux sur l’écran. Les gens passeront leur temps dans des jeux en 3D, des mondes virtuels, qui leur procureront beaucoup plus d’excitation et d’investissement émotionnel que « le monde réel » du dehors. Ce qui est une solution très ancienne: depuis des milliers d’années, des milliards de gens ont trouvé du sens en jouant aux jeux virtuels, que nous appelons « des religions ». L’islam ou le christianisme inventent des lois qui n’existent que dans l’imagination humaine. Les gens traversent la vie en accumulant les bons points, en espérant passer, à la fin, au niveau supérieur –le paradis. Comme la religion le montre bien, la réalité virtuelle n’a pas besoin d’être enfermée dans une boîte, elle se superpose avec la réalité physique. Dans le passé, elle avait pour support l’imagination, les livres sacrés, au XXIe siècle elle a les smartphones. On se souvient de la chasse aux Pokémons, lesquels n’existent que localisés par les smartphones. Situation similaire pour ce qui est du conflit entre juifs et musulmans à propos de Jérusalem, ville faite de pierre et de bâtiments, où l’on ne voit nulle part la sainteté, alors que si on la regarde à travers les livres sacrés, on ne voit que des lieux saints.

L’idée de trouver du sens à la vie en jouant aux jeux de réalité virtuelle n’est pas commune seulement aux religions, mais également aux idéologies laïques et aux styles de vie (le consumérisme est un tel jeu virtuel, dans lequel si vous accumulez des points, vous l'emportez). Les religieux aiment prier ou célébrer, comme d’autres aiment jouer aux Pokémons. En fin de compte, l’action réelle a toujours lieu dans le cerveau humain. Peu importe par quoi les neurones sont stimulés: en observant des pixels sur l’écran, en regardant par la fenêtre d’un bateau de croisière, ou en voyant le paradis avec les yeux de l’esprit. Dans tous les cas, le sens que nous donnons à ce que nous voyons est le produit de notre esprit, cela n’existe pas en dehors de nous. Le meilleur de notre savoir scientifique nous informe que la vie humaine n’a pas de sens. Le sens de la vie est toujours un récit fictionnel crée par les humains. Parfois, un jeu peut recevoir un tel investissement, qu’il devient réalité (pour les habitants du Bali, les combats de coqs, par exemple). En Israël, la plupart des juifs orthodoxes n’ont jamais travaillé, ils ont passé leur vie à étudier les écritures et à célébrer les rites religieux. Ils ne meurent pas de faim, parce que leurs épouses travaillent, et parce que l’Etat leur accorde des aides. Bien que pauvres et sans avoir jamais travaillé, ces Juifs ultra-orthodoxes témoignent de niveaux de satisfaction plus hauts que tout autre segment de la population israélite.

Il n’est pas besoin d’aller en Israël pour voir à quoi ressemblera le monde du post-travail. Si vous donnez à un ado suffisamment de Coca et de pizza, et que vous renoncez à toute exigence de devoirs, et à toute surveillance parentale, l’ado va rester dans sa chambre des journées entières devant son écran, et dans l’immédiat, il ne souffrira pas d’ennui ou de manque de but.

Les réalités virtuelles représentent peut-être la clé pour fournir du sens à la classe nulle du monde du post-travail. Il est possible que ces réalités soient produites à l’intérieur des ordinateurs, mais aussi à l’extérieur, sous la forme des nouvelles idéologies et religions, ou d'une combinaison des deux. Les possibilités sont infinies, et personne ne saurait dire exactement quel genre de jeu prenant nous passionnera en 2050. De toute manière, la fin du travail ne signifie pas nécessairement la fin du sens, parce que le sens est généré en imaginant, plutôt qu’en travaillant. Les propriétaires terriens anglais du XVIIIe siècle, les actuels Juifs ultra-orthodoxes, et des enfants dans toutes les cultures et dans toutes les époques ont trouvé beaucoup d’intérêt et de sens à la vie, même en ne travaillant pas. En 2050, les hommes seront peut-être capables de jouer à des jeux très développés et de construire des mondes virtuels plus complexes qu'à tout autre moment dans l’histoire. Mais que dire de la vérité, de la réalité ? Souhaitons-nous vivre dans un monde où des milliards de gens sont submergés dans des fantaisies et poursuivent des buts factices, en obéissant à des lois imaginaires ? Eh bien, que nous aimions ou non, c’est le monde dans lequel nous avons déjà vécu depuis des milliers d’années.  

« En 1987, Daniel Wegner, psychologue américain, a mené une expérience célèbre, sur la répression des idées. Lors d’un test qui aurait pu surgir de l’imagination de Dostoïevski, il a demandé à un groupe de sujets de ne pas penser à un ours blanc. Chaque fois que l’image de l’ours blanc faisait irruption dans leur esprit, ils avaient pour consigne d’actionner une sonnerie. Ils eurent beau faire, aucun des sujets ne parvint à éviter l’idée interdite pendant plus de quelques minutes. Wegner y voyait l’action de deux processus contradictoires : d’une part, les efforts de votre esprit s’évertuant à penser à n’importe quoi d’autre qu’à cet ours blanc, tandis qu’une autre partie de vous-même pousse subtilement vers votre conscience l’élément que vous souhaitez éviter. »  (Michael ROBOTHAM, Le suspect / The Suspect, 2004, 2005, Editions Jean-Claude Lattès pour la traduction française) 

 
 

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Écrit par : Carmen | 11/05/2017

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